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MORT DE PAUL REBEYROLLE

L’artiste Paul Rebeyrolle, un des rares grands représentants de l’expressionnisme en France, est mort le 8 février 2005 à l’âge de 78 ans dans sa propriété en Bourgogne.

Fils d’un couple d’instituteurs,  Rebeyrolle passa son enfance à la campagne et resta immobilisé dans le plâtre entre l’âge de cinq et dix ans après avoir été affecté par une tuberculose osseuse.

De la campagne, il conserva le goût du terroir et des promenades en forêt. Après des études secondaires à Limoges, il arriva à Paris en 1944, au moment de la Libération avec l’ ambition de devenir peintre. Un an plus tard, il commença à participer à des expositions collectives à Paris et ce, aux côtés de Picasso et de Braque.

Il présenta des œuvres de sa période dite « classique » en 1951 à la Galerie Drouant-David, à la Malborough Gallery de Londres en 1954 et à la Maison de la Pensée Française à Paris en 1956-57.

En 1962, il exposa ses grenouilles, truites, paysages, couples et nus à la Galerie André Schoeller, puis en 1967 les «Instruments» du peintre à la Galerie Maeght où il montra deux ans plus tard les « Guerilleros » et ensuite les « Coexistences » en 1970.

D’autres expositions suivirent avec « Les  Nus et Sangliers » à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence en 1971, « Les Prisonniers » à la Galerie Maeght en 1973, «Les Nus et Natures mortes » (Zurich-Maeght) en 1974. Il y eut encore entre autres 
« Natures mortes et Pouvoir » (Galerie Maeght 1976), l’exposition « Peintures 1968-1978 » aux Galeries Nationales du Grand Palais, « Les Evasions manquées » à Avignon en 1982, « On dit qu’ils ont la rage » à la Galerie Pierre Huber de Genève en 1985, les « Grandes Têtes » à Troyes en 1990, « Les Panthéons » aux Galeries Lelong et Templon en 1994, les hommages à « l’origine du monde » de Courbet au Musée d’Ornans, « Splendeur et Vérité » (Templon) et « Le Bestiaire » (Galerie Larock-Granoff).

Rebeyrolle reçut de nombreux prix durant sa carrière. En 1950, celui de la Jeune Peinture à Paris, en 1951 le Prix Fénéon, en 1959 le premier prix de la Biennale des Jeunes Artistes, en 1959 à Liverpool le premier prix de la section française de la John Moores Exhibition pour « L’Oiseau » tandis que l’Espace Rebeyrolle a été fondé à Eymoutiers en 1995.

Rebeyrolle, qui dans les années 1960 quitta Paris pour s’installer à la campagne, d’abord à Courteron dans l’Aube puis à Boudreville en Côte d’Or, admira en premier lieu les Impressionnistes puis les Cubistes et Picasso avant d’être influencé en 1945 par l’œuvre de Soutine qui devint son peintre préféré.

Toutefois, s’il s’inspira de Soutine pour définir sa propre peinture, il ne le copia pas en définissant un style mêlant tous les genres, comme ceux de Van Gogh ou du groupe CoBRA en passant par les peintres vénitiens de la Renaissance, Rembrandt ou Rubens, notamment durant sa période dite « classique ».

Il se plut ensuite à réduire l’espace et les profondeurs dans ses œuvres puis rompit avec le Parti Communiste en 1956 lors de l’invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques qui marqua son esprit et le fit évoluer dans une autre direction, notamment avec « Le Beau de Temps » de 1957 en s’éloignant du classique pour une forme plus libre. On y voit dans cette œuvre un homme qui fume, sa femme, le ciel, l’eau et les arbres peints dans une verve plutôt abstraite.

Dans sa composition de 4,2 x 18 m titrée « Planche-Mouton » (du nom de la grange dans laquelle il la peignit en 1959), Rebeyrolle libéra encore plus sa technique puis en 1961, il produisit des couples en exprimant une poésie toute personnelle en montrant des personnages à peine suggérés traduits par des amas de taches colorées.

Rebeyrolle devint alors le pétrisseur des chairs, mêlant amour, vie et mort au gré d’une abstraction violente mêlée à des fragments de la réalité.

Attaché au réalisme tout en flirtant avec « l’action painting », Rebeyrolle franchit un nouveau palier en 1967 avec sa série des natures mortes en incluant dans ses œuvres des salissures, des amas de matières, des papiers collés, des projections de poudres de couleurs et des empreintes de mains puis des champignons, des lichens, des plumages d’oiseaux et même des mottes de terre comme pour mieux exacerber son rapport intime avec la nature.

Eternel révolté, Rebeyrolle exhala la révolution cubaine dans ses œuvres peintes à la fin des années 1960 puis dénonça le poids de la bureaucratie et la menace de l’anéantissement de l’homme tout en recourant encore à l’insertion dans ses peintures de matériaux de toutes sortes, allant de la paille, à la pierre en passant par les grillages ou les poutres et même des vêtements souillés comme dans « Les Dépouilles » produites en 1980-81.

Rebeyrolle se plut aussi à produire des sculptures à partir de 1985 en montrant un étrange bestiaire de grenouilles, de crapauds ou de serpents en bronze, céramique ou porcelaine ainsi que quelques nus triturés à souhait.

Au fil du temps, l’artiste devint un virtuose en jonglant avec la matière et les couleurs et en parvenant à rendre sublimes et belles l’horreur, la déchéance  et la misère humaine.

Attaché à montrer la vérité dans toute sa crudité, Rebeyrolle était en fait ouvert sur le monde et les autres à travers un éternel questionnement de nature politique. Indigné jusqu’au bout du pinceau, exhalant sans cesse sa désillusion, il essaya de délivrer un message néanmoins porteur d’espoir sur la capacité de l’homme à se sortir de la misère et de retrouver quelque part la nature, source réelle de la vie qu’il aimait par dessus tout. En conclusion, il ne chercha nullement à plaire mais à marquer les esprits, ce qu’il fit avec un talent incommensurable.

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TELERAMA – le 16/02/2004 - Olivier Cena

Hommage à Paul Rebeyrolle

UNE NATURE FORTE

Esprit rebelle, il peignait la beauté sauvage, le plaisir des sens. En utilisant la terre ou le crin

Un soir où nous dînions ensemble, je demandai à Paul Re­beyrolle où il en était de son tra­vail. Je me souviens de ses yeux - des petits yeux vifs et intelli­gents vous observant par-des­sus les lunettes -, dont l'éclat soudain disparut. D'une voix chargée de colère, il me répon­dit brutalement : « Je ne tra­vaille pas, je peins. » Un peu déstabilisé, je tentai de me justifier en expliquant que j'uti­lisais le mot travail comme un terme générique, mais le vieux peintre ne me laissa pas achever. « Si tu travailles bien, le ré­sultat est bon, me dit-il, mais si tu peins bien, ton tableau ne sera pas forcément réussi. »

Pourquoi est-ce ce souvenir qui me vient à l'esprit lorsque je pense à Rebeyrolle ? Peut-être parce qu'il exprime le doute qui habitait le peintre, son exigen­ce, son ambition, son sentiment, aussi, de ne pas parvenir à traduire sur la toile la subtilité et la profondeur de sa sensibili­té, et, par conséquent, sa né­cessité de continuer. A ce souvenir s'en rattache un autre. Nous sommes dans son atelier en Bourgogne. De sérieux pro­blèmes osseux aux genoux lui rendent la marche pénible et douloureuse. Il ne peut plus flâ­ner le long des ruisseaux de montagne et pêcher la truite à la mouche, son autre passion. Il s'en désole, non parce que la pêche lui est désormais interdi­te, mais parce qu'il a peur que sa sensibilité, privée du spec­tacle des reflets de lumière sur l'eau, des ombres, des transpa­rences, ne s'émousse et que sa peinture n'en pâtisse.

Paul Rebeyrolle est mort le lundi 7 février 2005. II avait 78 ans. De lui me restent des centaines d'anecdotes, et l'ima­ge d'un être dont le regard, en se posant sur moi, sut me révé­ler à quel point j'étais humain. La rumeur l'a souvent doté d'un mauvais caractère, sanguin, réactif, gueulard, ignorant sa géné­rosité, rare, précieuse, parce que jamais démonstrative. Paul Re­beyrolle ne donnait pas, il trans­mettait. Une journée passée en sa compagnie laissait le visiteur gonflé d'énergie et d'espoir. Très affaibli par la maladie, il concen­tra ses forces pour peindre jusqu'au dernier instant, comme ces vieux sangliers blessés qui refusent de se coucher.

On a d'ailleurs souvent com­paré Paul Rebeyrolle aux san­gliers qu'il peignait. On y voit des autoportraits : mêmes petits yeux à la fois malicieux et inquiets, même morphologie trapue et puissante, sans parler de la trogne du peintre, de son nez épaté comme un groin, de sa bar­be hirsute et soyeuse. Mais la comparaison ne s'arrête pas au physique. Il y a chez les deux le même instinct de liberté, et une sauvagerie sans laquelle nulle beauté n'est possible. C'est pourquoi je crois que Paul, aussi bien dans sa vie que dans son oeuvre, ne fut ni bon ni mauvais, mais qu'au-delà du bien et du mal il es­saya toujours d'être juste.

La justesse s'oppose à l'aveu­glement, aux préjugés, au confort moral, à l'hypocrisie. Rebeyrolle quitta le Parti communiste dès l'invasion de la Hongrie par les Soviétiques, et Fidel Castro dès l'incarcération du premier pri­sonnier politique à Cuba, ca­chant même certains d'entre eux exilés en France. II faut donc, pour être juste, du courage, de la générosité, et un goût pro­noncé pour la liberté - « la liberté, disait-il, ce n'est pas faire n'importe quoi, c'est aller au bout de chaque chose ».

Paul Rebeyrolle est donc allé au bout de sa peinture - « les possibilités qu'offre la peinture sont infinies, disait-il aussi, et je n'en explore qu'une infime partie ». Cette partie, caractérisée par l'emploi de matières collées (terre, crin de cheval, ferraille, etc.), se souvenant du réalisme de Courbet, violente, dionysiaque, sexuée, inspirée par des émerveillements (la femme, la nature) et des indignations (l'enfermement, la guerre, la misère, le monétarisme, la bêtise, etc.), cette partie, après avoir influencé des peintres comme l'Allemand Anselm Kiefer (les Grands Paysages de 1977), suscite aujourd'hui l'admiration de nombreux jeunes artistes. Je ne reviendrai pas ici sur l'indifférence des  grandes institutions artistiques nationales à son égard. L'avenir montrera leur stupide aveuglement. Car, et je tiens à l'écrire au présent, Paul Rebeyrolle est un très grand peintre.

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CENTRE FRANCE DIMANCHE le 13/02/2005

Paul Rebeyrolle, les toiles de l’éternité

Par Jean-Louis Prat, ancien directeur de la fondation Maeght

Issoirien de naissance, Jean-Louis Prat a été pendant 35 années l'âme de la fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence. Nommé en 1970 à la direction de la fondation, il y a installé, avant de la quitter en début d'année, une centaine d'expositions.

II a ainsi mis en lumière les oeuvres de Braque, Miro, Kandinsky, Klee, Bonnard, Chagall, Barcelo... et, bien sûr, celle de Paul Rebeyrolle qu'il a beaucoup côtoyé.

 

Il était l’artiste même, avec ses certitudes et ses grandes incertitudes

Paul Rebeyrolle serait-il le dernier grand peintre oublié de sa génération ? Cette question mé­rite d'être posée quand on saitle peu de cas que l'on a fait de son oeuvre durant les dernières années ! Important, très impor­tant certes, célébré, non ! Paul Rebeyrolle a été peu reconnu par les institutions alors que les écrivains tels que Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Carlos Franqui, Samir Amin, Claude Roy, Jacques Dupin, Francis Marmande... mais aussi Aimé Maeght et des col­lectionneurs avertis ont tou­jours su le très grand peintre qu'il était, qu'il est, qu'il demeure pour l'avenir.

Mais pour la plupart des historiens, des galeristes, du pu­blic, Paul Rebeyrolle reste un inconnu, celui dont on se mé­fiait, qu'on occultait, car son oeuvre, qui parle de la condi­tion humaine — la nôtre — et de la nature que l'on a trop souvent bafouée, demeurait par les thèmes invoqués, celui qu'il fallait éviter, par peur des autres, sans doute par peur de soi.

Il est vrai que son art, gran­diose, ne passe pas inaperçu, car il bouscule les idées reçues sur une certaine forme de beauté, qu'il faut, avec lui, re­découvrir. Cela demande de l'attention et de la générosité puisque Paul Rebeyrolle ouvre les portes d'un autre monde, celui dont on ne saurait se pas­ser, témoignage de ce que nous sommes, donc de la mo­dernité. A la manière, en leur temps, de Goya, Géricault, Courbet, plus près de nous Dix, Bacon et Freud, il révèle la souffrance, la chair, l'oppres­sion, sans chercher à séduire. Il parle de la liberté, difficile à conquérir, donc à garder... il en parle sans fin.

Depuis près de quarante ans, j'ai bien connu Paul Re­beyrolle auquel j'ai consacré deux grandes expositions, dont la dernière rétrospective en 2000 permettait d'entrevoir une grande partie de sa vie de créateur. Bourru, certes, diffi­cile sûrement, exigeant cela va de soi, d'abord avec lui-même... La preuve : son oeuvre sans aucune concession. Il était pourtant facile de lui dire non, lui dire ce que l'on croyait, ce qu'il respectait tou­jours. Pudique à l'extrême, n'osant que sur la toile ce qu'il n'aurait pas voulu révéler au­trement, Paul était l'artiste même, avec ses certitudes et ses grandes incertitudes. Pour les idées comme pour les hommes, il était sans conces­sion, heureux des moments passés avec des « compagnons de labeur », artistes, artisans, écrivains ou tout simplement le nouveau venu qui exprimait ce qu'il pensait. La liberté était son credo quotidien, qu'il a  payé cher dans la solitude de son grand atelier de Boudreville ou dans la maison-atelier qu'il avait fait aménager dans une ancienne chemiserie à Eymoutiers en Haute-Vienne. Là, il interrogeait sans fin, sur de grands formats, la peinture, son contenant, son contenu.

Il demeure une oeuvre importante que le temps va encore juger, ce qu'il eut souhaité car pour demeurer vivante, celle-ci doit toujours se coltiner au regard des autres.. Papou, son épouse fi­dèle, toujours attentive, y veil­lera avec énergie et soin. Da­niel Perducat, le maire d'Eymoutiers, qui a bâti avec courage l'Espace Paul-Rebey­rolle, est là pour tenir bien vi­vant un lieu qui marque le ter­ritoire du peintre, dans son Limousin natal.

 

Audaces extrêmes

Hors norme, Paul Rebeyrolle entretient un dialogue constant avec la peinture. De manière récurrente, il pose la question sans fin de la place de l'homme dans la so­ciété, de l'homme lié indisso­lublement à la nature ; de cette nature à laquelle il accorde un pouvoir déterminant, quasi absolu, pratiquement sans équivalence dans l'art du XXe siècle.

Nature privilégiée, unique, sans fard, à laquelle il confie ses tourments, à laquelle il voue une passion sans faille. Lieu de confidences, elle de-vient lieu de peinture. Topo-graphie inouïe où l'homme laisse son empreinte indélé­bile. Lieu de réalités mêlées aux utopies, inoubliable re­père exalté, débordant de vie, de générosité, où l'homme se retrouve à égalité avec ce qu'elle a de plus beau, de plus simple. Dès lors, la nature est prise dans son ensemble et non dans un sujet déterminé. Hors norme, telle qu'elle est.

Seuls, dans ce monde hir­sute où l'homme est pris au piège, les animaux tracent un autre chemin. Ils vivent d'une présence bienfaisante et sont les symboles de la réconcilia­tion de l'homme et de la na­ture. A cette jonction, les san­gliers, les chiens, les vaches, les lézards, les chouettes... se chargent d'autres mysté­rieuses beautés. Ils sont en parfait accord avec l'environ­nement lorsqu'ils ne dépen­dent pas de l'homme dont ils se méfient instinctivement. Ils sont parés de vérité, dissem­blables et bien vivants, à l'inverse des hommes corsetés dans leurs petitesses et leurs inéluctables malheurs. Ils in­carnent la source de vie, la candeur retrouvée, celle-là même que Goya a toujours su accorder, dans sa peinture, aux seuls enfants.

Dénoncer et énoncer avec acharnement l'aveuglement des hommes... Paul Rebeyrolle peint jusqu'à la dislocation des images. Il bâtit un monde où l'homme conquiert une nou­velle dignité. Il fait surgir un être à la limite de la vie — à la manière de Germaine Richier concevant ses grandes sculp­tures L'Orage et L'Ouragane — et met d'emblée hors d'état de nuire certains ferments de peur qui ont constitué les tré­fonds de son âme durant des siècles. Comme Alberto Giaco­metti en son temps, Paul Re­beyrolle érige un homme dif­férent, pétri de violence et d'incertitude, dont la présence quasi spectrale indique cepen­dant qu'il est encore parmi nous.

La violence du propos trouve un relais dans la vio­lence des matériaux. La pein­ture est maltraitée au point d'être proche de la rupture. Rien n'est assez juste pour se caler sur la réalité et le peintre réinvente à l'infini, par des ap­ports étrangers, des mélanges surprenants jusqu'alors in-connus du monde de la pein­ture pour mieux la maintenir en éveil. Les trouvailles exté­rieures s'amoncellent, col­lages divers adossés les uns aux autres, paille des champs mais aussi paille de fer, crin, cartons déchirés, bois arra­chés, tissus malmenés, pétris par la main, contrecollés à la toile, juxtaposés à des gril­lages... De ces amalgames sur­gissent des images qui cla­ment la résurrection de la matière et, par conséquent, de la peinture. Audaces extrêmes où s'en­tremêle un monde fait d'ap­ports incongrus pour susciter le désir et dire qu'il est impéra­tif de contempler ces oeuvres de Paul Rebeyrolle afin de sa-voir ce qu'il en est de la nou­velle beauté de ce temps.

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LE POPULAIRE DU CENTRE (12/02/2005)

Rebeyrolle , retour au pays natal. Les cendres de Paul Rebeyrolle ont été dispersées dans le ruisseau de Planchemouton. 

Autour du Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, la foule d'amis et de personnalités était dense, hier à midi, à Eymoutiers, pour un dernier adieu à l'ar­tiste.

C'était son dernier voyage Un retour sur sa terre d'origine. Les cendres de Paul Rebeyrolle ont été dispersées, hier, dans le ruisseau de Planchemouton, conformément à sa volonté. A un endroit il aimait pêcher. Décédé lundi, en Côte-d'Or, à 78 ans, cet éternel révolté souhaitait que personne ne soit triste à sa mort. Mais l'émotion et la peine étaient là, dans les regards et les paroles. En ce vendredi pluvieux C'est dommage mais c'est un temps qu'il aurait aimé », a commenté Papou, sa compagne), à l'Espace qui lui est dédié dans sa ville natale d'Eymoutiers, le monde politique et artistique, local comme national, a rendu un ultime hommage à cette grande figure de l'art français duXXe siècle.

Peut-être une fondation Rebeyrolle ?

Aux côtés de Papou, du frère du peintre, Robert Rebeyrolle, et de toute la famille, Renaud Donnedieu de Vabres a salué  « un grand génie », qui « entre aujourd'hui définitivement dans l'histoire ». Au micro, le ministre de la Culture et de la communication n'a pas été le seul à témoigner son admira­tion. Daniel Perducat, maire d'Eymoutiers, a évoqué les derniers jours dun ami. Même très affaibli  il continuait de créer de nouvelles oeuvres. Samedi matin, dans son atelier en Bourgogne, il était encore au boulot pour mettre la touche finale à un ta­bleau. Tableau qui devait lui convenir, puisqu'il s'est ex-clamé : "Putain, ça marche". »

L'avenir de l'Espace Rebey­rolle, créé en 1995, a été au cœur de l'intervention de Bernard Sordet, le président de l'association, qui espère « réussir à agrandir ce lieu pour le rendre encore plus digne de la dimension et du rayonnement international de l’œuvre ». Jean-Paul Denanot, président de la Région, a même exprimé auprès du mi­nistre le désir d'une véritable fondation.

Rétrospective en Alsace et à Ey­moutiers. Quoi qu'il en soit, l'exposition prévue cet été pour célébrer les dix ans de la structure est plus que jamais maintenue. Le titre "Plon­geons dans la peinture" a même été choisi par Rebey­rolle, bien qu'au départ il ait exprimé une réticence à fêter cet anniversaire. Une autre importante rétrospective de 70 toiles commence dès le 18 mars à Saint-Louis, en Al­sace. La foule d'amis, de gale­ristes, de collectionneurs, de critiques et de personnalités (parmi lesquels Jean-Louis Prat, ancien directeur de la fondation Maeght, Christian Rock, secrétaire général de la préfecture, Patrick Sérvaud, vice-président du Conseil gé­néral, Alain Rodet, député-maire de Limoges, Robert Savy, ex-président du Conseil régional, Madeleine Chapsal), a tenté de faire de ce dernier rendez-vous un moment cha­leureux. Sur une musique de la compagnie Lubat, particuliè­rement appréciée du peintre, tous se sont rassemblés autour d'un casse-croûte campa­gnard. Et de lever un verre de rouge « à Paul ».

Une distinction : parrain des pompiers

Paul Rebeyrolle n'aimait pas les honneurs. Mais il a fait une ex­ception en acceptant de parrainer le Centre d'incendie et de se-cours d'Eymoutiers. Pour rappeler ce lien qui les unissait, les sa­peurs-pompiers de la commune ont formé une garde d'honneur, hier, pour accueillir le ministre de la Culture. « En décembre 1998, nous avions invité Paul et Papou au repas de la Sainte-Barbe, explique le lieute­nant Noël Léonet. Nous lui avons demandé de devenir notre parrain. Et il a accepté parce qu'il s'intéressait à notre profession. Chaque année, il posait même avec nous pour la photo du calendrier. » En 2000, à l'occasion du congrès départemental des pompiers, le peintre a offert à la caserne pe­laude une toile, intitulée "Un feu maîtrisé", et conservée aujourd'hui à l'Es­pace muséal.

Hélène Pommier

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L’ECHO DU CENTRE (12/02/2005)

L’HOMMAGE D’EYMOUTIERS A PAUL REBEYROLLE

Ce sont des dizaines de Limousins qui ont rendu hier un dernier hommage à l' un des leurs, le peintre Paul Rebeyrolle, décédé lundi dernier. L’œuvre de l'artiste rebelle a été saluée avec émotion par le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres.

Autour de son épouse, de ses enfants et de ses petits-enfants et en présence de nombreux élus, au cœur de l'espace qui porte son nom, de nombreux habitants d'Eymoutiers sont venus hier matin saluer la mémoire de Paul Rebeyrolle, son oeuvre, mais aussi l'homme qu'il était. Il revenait au maire de la commune, Daniell Perducat d'évoquer tout à la fois le peintre et l'individu : «J'avais imaginé pour 2005 une tout autre année Paul Rebeyrolle à l'occasion des dix ans du centre qui porte son nom, mais Paul ne sera plus là... Depuis une semaine les médias, même ceux qui ne l'évoquaient jamais de son vivant, ne tarissent pas d'éloges sur son oeuvre, parce qu'il s'agit d'un peintre pour l'avenir, je lui dois certainement les moments les plus extraordinaires de ma vie d'élu et de ma vie  d'homme. Il était resté simple, fort de son idéal, généreux et sensible, un homme de cœur». D'autres amis devaient témoigner de leur tristesse après la disparition de Paul Rebeyrolle en dressant le portrait attachant d'un homme simple et fort de son engagement. Le Président du Conseil Régional avait choisi, lui, d'évoquer le bonheur qu'il avait eu à rencontrer l'artiste: «beaucoup de choses justes ont été dites mais je voulais parler du bonheur, du privilège, que j'ai eus de le rencontrer. C'était un homme engagé contre l'injustice, fidèle à son territoire et la Région, en étudiant avec l'Etat l'idée d'une Fondation qui porterait son nom, est disponible pour rendre à Paul Rebeyrolle ce qu'il lui a donné, pour lui rester fidèle, pour rester fidèle à son engagement et à sa peinture.» Le ministre de la Culture devait conclure cet hommage, avant que l'épouse de Paul Rebeyrolle ne répande ses cendres, à quelques pas de l'Espace : «Pour Paul Rebeyrolle le pouvoir choisit ses héros, ces quelques mots ne viennent pas du pouvoir avec un grand P, ni d'une récupération officielle qu'il n'aurait pas aimé. J'ai le bonheur, chaque matin, en entrant dans le bureau de mon directeur de cabinet, de contempler une oeuvre de ce peintre qui fait désormais son entrée dans l'Histoire. Eymoutiers était à la fois une étape et un refuge pour Paul Rebeyrolle quia su exprimer son engagement tout entier dans sa peinture, une peinture dont on a dit : - comme la révolution elle se regarde avec les yeux, elle se fait avec les mains et elle se prépare dans la tête. Son oeuvre met à nu son époque sauvage et douloureuse mais elle rattache aussi l'art contemporain à la grande histoire de l'art ancien. Paul Rebeyrolle que votre lumière soit à jamais gravée dans notre mémoire...» Eymoutiers vivra désormais avec le souvenir de cet homme attachant, le reste appartient maintenant à l'Histoire.

Bertrand Catus

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France 3 Marie Agnès CORDIER Publié le 11/02 à 19:02

Eymoutiers a rendu hommage à l'enfant du pays

Eymoutiers, en Haute-Vienne, a rendu hommage à Paul Rebeyrolle, décédé le 7 février, devant l'Espace culturel qui porte son nom.

Paul Rebeyrolle était né à Eymoutiers en 1926. Les cendres de l'artiste y ont été dispersées.

Un Ministre et un "casse-croûte"

Le peintre ne souhaitait pas que l'on s'attriste de sa disparition

Le ciel pleurait, en ce vendredi 11 février lorsque la commune natale de Paul Rebeyrolle a rendu hommage au grand artiste disparu. Outre les amis et les artistes (environ 300 personnes), le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, présent à cet hommage (notoriété du peintre oblige !) a tenu à souligner combien le peintre limousin avait contribué à "mettre à nu son époque". Ses oeuvres sont, a-t-il notamment dit, "l'expression de son enracinement dans la tragédie contemporaine". Après les oraisons émues, les cendres de Paul Rebeyrolle ont été dispersées sur les berges du ruisseau Planchemouton, où, dit-on, il aimait taquiner le poisson. Et pour être fidèles aux dernières volontés du peinte, qui ne voulait pas que l'on s'afflige de sa mort, les habitants d'Eymoutiers avaient organisé un vrai casse-croûte limousin " bon enfant", offert à l'espace d'art qui porte son nom.

Une vocation très précoce

Dès l'âge de 5 ans le jeune Paul commence à dessiner

Paul Rebeyrolle, né en 1926 à Eymoutiers commence à dessiner à la faveur (si l'on peut dire) d'une maladie qui, à l'âge de 5 ans, l'immobilise totalement. Après des études secondaires au lycée Gay-Lussac de Limoges, sanctionnées par le baccalauréat, Paul Rebeyrolle "monte" à  Paris en 1944. Là, il fréquente de nombreuses expositions, et découvre le Louvre, où il fait la connaissance des plus grands : Rembrandt, Rubens, etc... Il voyage également en Europe pour découvrir d'autres écoles (Italie, Espagne...), et commence à travailler en atelier, tantôt à Paris, tantôt au pays natal. Son engagement politique (adhésion au PCF, puis abandon du PCF) influencera son oeuvre, et le dirigera vers l'abstraction. Il y transfigurera son horreur des oppressions d'où qu'elles viennent. C'est à cette époque (1956) que Paul Rebeyrolle présente ses premières expositions. En 1959, il réalise dans son atelier d'Eymoutiers, baptisé "Planchemouton" (du nom du ruisseau qui passe là), une commande pour la première biennale de Paris. Dès lors, il n'arrêtera plus d'exposer. Il s'installe dans l'Aube puis en Côte d'Or, mais restera toujours fidèle à son Limousin natal.

Un centre d'art à son nom

Le Centre d'Art Paul Rebeyrolle a ouvert en 1995 à Eymoutiers

Implanté sur un ancien site industriel à proximité du ruisseau "Planchemouton", l'espace Rebeyrolle est curieusement opaque et trapu à l'extérieur et très lumineux à l'intérieur. Sa conception, que l'on doit à Olivier Chaslin, offre des perspectives visuelles inédites, aussi bien dans les salles d'expositions permanentes que dans la salle centrale, qui accueille les expositions temporaires et dont les parois sont hélicoïdales. C'est dans le hall qu'est présentée la fameuse toile monumentale baptisée "Planchemouton". Parmi les expositions temporaires, citons celles de Joan Mirò, Fernand Léger, César, Jacques Monory, etc.. Cet espace d'art est ouvert toute l'année et se situe à une quarantaine de km de Limoges en direction du Sud-Est, aux confins de la Corrèze.

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AFP - EYMOUTIERS (HauteVienne), 11 fév 2005

Obsèques pluvieuses et émues pour le peintre Paul Rebeyrolle

Quelque 300 personnes, les proches et quelques artistes, se sont réunies vendredi à Eymoutiers (Haute-Vienne) sous une pluie battante pour une cérémonie à la mémoire du peintre Paul Rebeyrolle, décédé lundi, a constaté une journaliste de l'AFP. Entourant sa veuve Papou, tous se sont retrouvés devant "l'espace Rebeyrolle", le musée consacré à l'artiste dans son village natal. Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, a évoqué le "caractère profondément physique" de sa peinture, "où la matière semble l'emporter et la couleur surgir de la terre elle-même". "Paul Rebeyrolle a profondément contribué à ce que son oeuvre soit considérée comme l'expression de son enracinement dans la tragédie contemporaine et d'un engagement sans compromis", a-t-il poursuivi. " Son oeuvre met à nu son époque. Sauvage, douloureuse, la peinture énergique de Rebeyrolle entre ainsi dans la grande histoire qui relie l'art contemporain à l'art ancien". Après quelque hommages émus, les cendres du peintre, mort à 78 ans, ont été dispersées dans le ruisseau de "Planche-moutons", où il pêchait dans son enfance et qui lui a inspiré une grande toile qui est exposée dans son musée. Comme Paul Rebeyrolle souhaitait que l'on ne soit pas triste à son décès, selon ses proches, tout le monde s'est ensuite réuni autour d'un buffet campagnard

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http://www.gazette-drouot.com

Décès du peintre Paul Rebeyrolle

Le peintre français Paul Rebeyrolle, considéré comme l'un des grands artistes contemporains, est décédé à son domicile de Boudreville, en Côte d'Or. Il était âgé de 78 ans. Un espace portant son nom est ouvert depuis 1995 à Eymoutiers. Plus de 40 toiles représentatives de la production de l'artiste de 1959 à aujourd'hui y sont exposées."Avec Paul Rebeyrolle, disparaît l'un des créateurs les plus marquants de notre temps, un peintre et un sculpteur dont le regard a profondément bouleversé l'art figuratif contemporain de ces cinquante dernières années", souligne le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, "le plus grand naturaliste de notre temps". Il est né en 1926 à Eymoutiers (Limousin), sur les bords du ruisseau de "Planche-moutons" où il aimait pêcher et dont la terre ne quitta jamais ses semelles d'homme des bois, même après son installation à Boudreville (Côte d'Or). Il en avait rivé la force tellurique sur d'immenses toiles, où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages, précipités comme dans la course de ce sanglier auquel il s'identifiait volontiers, corps trapu et trogne de hure.

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LE POINT 10/02/05 - N°1691

Rebeyrolle, l'insoumis de l'art  (Jean Pierrard )

L'ogre s'en est allé rejoindre les couverts des forêts éternelles ! Avec la mort de Paul Rebeyrolle (78 ans), lundi 7 février, c'est le grand peintre de la matière qui disparaît. Un artiste qui n'hésitait pas à ajouter un peu de mousse, ou quelques poignées de vraie terre, à la surface de ses tableaux pour bien montrer à quel parti il appartenait. Celui des mystères des mondes végétal et animal.

Célèbre sans être véritablement connu, grande gueule, amateur de rouge qui tache, Paul Rebeyrolle appartenait au paysage de la peinture française, même s'il ne revendiquait aucune appartenance à une école. Avec des sujets qui passaient de l'apologie de la nature à une sorte d'exaltation politique dans le droit-fil d'une tradition anarcho-communarde, on comprend qu'il ait eu quelque difficulté à séduire Manhattan ou Milan. Le débraillé de certaines de ses oeuvres assorties de slogans politiques ne lui valait pas que des amis. Mais il avait ses inconditionnels, collectionneurs ou galeristes.

A force de peindre des sangliers, il avait fini par leur ressembler. En fait, derrière une apparence rustique, sa trogne cachait une sensibilité intacte ; il avouait volontiers que nous vivons « dans un monde de victimes ». Sanglante et noire, son oeuvre peut se voir comme un hymne à la souffrance. Celle des bêtes, qu'il affectionnait, comme celles des hommes, dont il se méfiait. Il était persuadé que « la condition humaine ne s'arrange pas », que « nous vivons dans une société autophage, où nous passons notre temps à nous bouffer les uns les autres, au nom du pouvoir et de l'argent » (voir Le Point n°1606).

De plus en plus haut en couleur au fil des années, Rebeyrolle le peintre ne s'est jamais trop embarrassé de concessions. Déjà, à ses débuts, il avait préféré apprendre sur le tas et arpenter le Louvre, interrogeant sans relâche Courbet et Delacroix, plutôt que de suivre les cours de l'Ecole des beaux-arts. La notoriété, la vente de ses toiles à de grandes institutions, le copinage avec Sartre ou Foucault, l'ouverture d'un musée dans sa ville natale, à Eymoutiers, près de Limoges, ne l'avaient pas changé. Il laissera l'image d'un bloc émergeant des bruyères, d'un artiste à la fois très doux et très radical.

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www.alsapresse.com -  le 10/02/2005

L'ARTISTE : Il est bien vivant

L'artiste est mort. Il ne vivra donc pas l'hommage rendu par Saint-Louis le mois prochain, cette formidable exposition pour « rassembler un nombre jamais réuni de ses oeuvres » ? affirme Guschti Vonville. Le peintre et sculpteur Paul Rebeyrolle s'est éteint ce lundi, à 77 ans, en Bourgogne où il s'était installé. Rebeyrolle ou la rage de peindre ; il cultivait l'amour de la nature et des gens autant que la lutte contre les oppressions. L'artiste s'en est allé… Mais pas ses oeuvres. Et reste pour les Ludoviciens et les autres, cette exposition qui les attend au musée Fernet-Branca. Au total, 70 peintures venues pour l'essentiel de collections privées mais aussi quatre tableaux prêtés par l'Espace Paul Rebeyrolle d'Eymoutiers, cette petite commune de Haute Vienne où l'artiste était né en 1926.

“ puissante, violente mais généreuse”

C'était, aux dires de bien des critiques, « l'un des peintres majeurs dans l'art français du XXe siècle », l'auteur d'une oeuvre qualifiée de « puissante, violente mais généreuse ». « Paul Rebeyrolle à Saint-Louis, une exposition qui va marquer le musée, annonce en tout cas Guschti. C'est à l'opposé de Lee Ufan. Et l'on peut comprendre que ses oeuvres peuvent déranger les regards quand ses tableaux, tels des miroirs, nous renvoient tous à nos perversions. » Et si on y trouve, comme relevé, un appel à la liberté, à une révolte contre l'injustice, l'intolérance, l'asservissement de l'homme et de la nature, alors oui ! Paul Rebeyrolle est bien vivant. Ses derniers combats l'ont été contre « le monétarisme » et « le clonage ».

“ la larme à l'oeil devant un tableau du Titien”

Mais Guschti qui l'a côtoyé ces dernières semaines pour la préparation de l'expo, parle « d'un grand tendre dans ce regard porté sur une société blessée… Et je l'ai vu encore, sur un film, la larme à l'oeil devant un tableau du Titien à Florence ». Paul Rebeyrolle sera à Saint-Louis du 19 mars au 31 octobre.

J-L M

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LE MONDE

Disparition du peintre Paul Rebeyrolle

Il peignait à bras-le-corps, dans la matière, à même la matière, en puissance, détestait la peinture de petits sentiments mièvres, d'idées courtes, tonnait face à l'époque.

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé, lundi 7 février au matin, à Boudreville-en-Bourgogne (Côte-d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage.

Depuis un demi-siècle, Paul Rebeyrolle, né en 1926 en Haute-Vienne, créait des œuvres fortes et violentes, peintures hérissées de matière, bouts de bois ou grillages...

[Pêcheur au gros avec Riopelle, homme des bois, reclus dans son atelier de Boudreville, sanglier aux manières courtoises, intraitable sur l'idée comme sur la peinture, Paul Rebeyrolle travaillait nuit et jour : à genoux, à plat, sans ménager le corps. Sartre et Foucault ont préfacé ses rétrospectives. Cheveux et barbe en bataille, visage ivre de sa vie vécue, sportif revenu de cinq ans cloué par le mal de Pott, musculature des chasseurs du néolithique, squelette de marcheur qui aura aimé les automobiles, la démarche bien bousillée par cinquante ans de peinture, il a promené doucement son regard sur le monde et les pièces qui en rassemblent un instant la densité, avec l'air de savoir. Eymoutiers, petite ville de la Haute-Vienne, lui a bâti L'Espace (1995) : pas plus musée que mausolée, demeure.

A chaque installation, le maire, le personnel communal, les pompiers, les dames de la cantine, tout le monde s'affaire en faisant comme lui - pour le mieux. A Boudreville, les chasseurs savaient lui rapporter des branches, des squelettes de bêtes, des cailloux, des pots cassés : "Vous, vous saurez en faire quelque chose." Sa peinture hérissée de bouts de bois, de grillages, de serpillières collées, n'effraie plus que les conservateurs de musée. Autour de lui, de Marin, le facteur de châssis qui prépare ses toiles, à l'architecte de L'Espace, Olivier Chaslin, en passant par les passants ordinaires, tout le monde saisit sa démarche.

PEINTRE À BRAS-LE-CORPS

Il peignait à bras-le-corps, dans la matière, à même la matière, en puissance, détestait la peinture de petits sentiments mièvres, d'idées courtes, tonnait face à l'époque : "Celle-ci est plus sordide que toutes celles que j'ai vécues. L'économie tue directement, avec cynisme et volonté. Interstices de liberté ? La pratique de l'art, les liens entre nous, le travail à la fonderie. Le rapport à l'argent et la domination sans partage des Etats-Unis règlent tous nos modes de vie sur le dos des pays du tiers-monde. De ce point de vue, on est à certains égards tous des fascistes."

A quoi croyait-il ? "A rien. A l'amour. Aux moments de joie intense de l'amour, le meilleur et le pire. La révolution, je n'y crois plus sous la forme des révoltés des bois. Le système est trop autophage. Je crois à la recherche des solutions. A la joie tous les matins au saut du lit de foncer à l'atelier : même quand ça ne marche pas." La céramique est là. Le feu a tenu ses promesses. S'il se remet à la peinture ? "Le plus vite possible. Il me faut décloner. J'ai recommencé à dessinoter ces jours-ci. Je me demande si je ne pense pas autant à la vie et aux conditions de vie des individus qu'à la peinture."]

Lemonde.fr, à partir de l'article du Monde du 21 juin 2002, "Paul Rebeyrolle, la matière en corps-à-corps", par Francis Marmande

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NOUVELOBS

Le peintre Paul Rebeyrolle est mort

Il était l'un des plus grands artistes contemporains. Il est décédé lundi à l'âge de 78 ans. Il laisse derrière lui une oeuvre immense et qui en faisait "le plus grand naturaliste de notre temps".

L e peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi 7 février au matin à Boudreville (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage.

Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, "le plus grand naturaliste de notre temps".

Né près de Limoges, à Eymoutiers en 1926, cet artiste tendre et bourru, dont les toiles criaient sa rage contre toutes les oppressions, s'était vu consacrer un espace dans son village natal où sont exposées ses peintures et sculptures.

Un révolté

Révolté par toutes les oppressions, rebelle à toutes les conventions, Paul Rebeyrolle était un enragé de peinture et un fou de nature.

Il est né en 1926 à Eymoutiers (Limousin), sur les bords du ruisseau de "Planche-moutons" où il aimait pêcher et dont la terre ne quitta jamais ses semelles d'homme des bois, même après son installation à Boudreville (Côte d'Or.

Il en avait rivé la force tellurique sur d'immenses toiles, où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages, précipités comme dans la course de ce sanglier auquel il s'identifiait volontiers, corps trapu et trogne de hure.

"Le paysage, disait-il, c'est comme si je marchais ou me roulais dedans, comme je peux me rouler dans l'herbe ou marcher dans la boue".

Mieux que quiconque, le photographe Gérard Rondeau avait su capter cette animalité poétique, rapprochant Rebeyrolle d'un portrait de Rembrandt ou de la sculpture monumentale d'un Prométhée qu'il avait érigée dans les Ardennes.

"Un dieu un peu voyou"

"Prométhée m'a plu, confiait-il dans un livre ("Rebeyrolle ou le journal d'un peintre"), parce que c'était un dieu un peu voyou parmi les autres dieux, mais qui était aussi et surtout généreux. N'avait-il pas dérobé le feu aux autres dieux pour le donner aux hommes ?"

Complice des hommes, il se dresse contre l'injustice qui les opprime. Dans sa série "On dit qu'ils ont la rage", un homme défiguré par la haine projette à l'eau, d'un violent coup de pied, un chien installé dans une brouette. Torsion de l'animal affolé, crispation du poing de son bourreau.

Dans une autre série, "Le sac de Mme Tellikdjian", c'est un simple cabas jaune, qu'on sent rempli de pauvres trésors, qui fait les frais du mépris des hommes. Où l'on voit un voleur arracher le cabas à un être nu -apatride, réfugié, déporté, refoulé?- ratatiné dans un réduit charbonneux, puis le jeter près d'une conduite d'égoût, et enfin, humiliation suprême, uriner dessus.

De même, Rebeyrolle torture, triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, bref leur donne l'épaisseur d'une réalité de rebuts et de résidus.

De Sartre à François Pinault

Une oeuvre si forte -qu'ont su apprécier les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, mais aussi l'œil d'un connaisseur et collectionneur comme François Pinault-, ne séduit pas tout le monde.

Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000, estimait que "si le public le connaissait mal, c'était de la faute des musées. Le fait que le Musée national d'art moderne du Centre Pompidou n'ait pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible".

L'artiste s'estimait "extrêmement favorisé pour avoir eu un public de vrais amateurs. Avoir rencontré un ostracisme aussi fort, déclarait-il, me prouve que je n'ai pas suivi le chemin du conformisme. Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin".

Mais déjà, Rebeyrolle se lançait dans d'autres guerres, à travers d'autres séries, comme "le monétarisme" en 1999 ou "le clonage", plus récemment.

"Car, disait-il, si on a l'amour de la nature et des gens, cela peut aller jusqu'à la violence. Mes arbres dérangent, parce qu'on ne peut pas domestiquer la nature. Mais si l'on se contente d'aimer les fleurs et les petits oiseaux, cela ne débouche que sur de la peinture décorative".

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LE NOUVEL OBS le 07/02/2004  Bernard Geniès

LA MORT DE PAUL REBEYROLLE

Peintre de la terre, peintre de la violence

"Mon plus grand luxe, c’est de ne pas être un larbin", avait affirmé un jour Paul Rebeyrolle. Ce souci de l’indépendance face aux galeries et aux musées –nombre de ces derniers le lui rendaient bien, affichant à son égard une piètre indifférence- l’enfant d’Eymoutiers, ville de Haute-Vienne où il est né en 1926, n’y a pas renoncé un instant, soucieux de construire une œuvre qui n’a jamais rien dû aux écoles ou aux modes. Jeune homme, il découvre au Louvre Rembrandt, Rubens ; dans les galeries, son regard s’attache aux œuvres de Soutine ou de Picasso. Ses voyages en Italie, en Espagne, précèdent ses premières expositions au tout début des années cinquante.

Attaché à la figuration, il voit ses œuvres rapprochées de celles de Courbet. Un parallèle qu’il mettra un certain temps à admettre, avant de reconnaître qu’il commence à être d’accord "à cause de cette connaissance qu’il avait des verts, de la lumière, de la structure intime de ce que le réalisme facile ne voit et ne traite que de l’extérieur." Peintre de la terre, Rebeyrolle est aussi le peintre de la violence. Sur ses toiles, d’une étrange texture discordante, on le voit ainsi coller du bois, des fils électriques, des barbelés, des brindilles, du crin de matelas. Des scènes de torture, des chiens hurlant, des pendaisons : à chaque fois, le sujet se veut le miroir d’une époque hantée par la souffrance, dominée par l’injustice. Militant communiste entre 1953 et 1956, Rebeyrolle quitte le P.C. après les événements de Hongrie. Il peindra alors, en guise de cadeau de rupture, un grand tableau qu’il intitulera "A bientôt j’espère". En 1979, une exposition avait présenté au Grand Palais à Paris une suite impressionnante de ses grands formats. Rebeyrolle aimait composer des séries dont les titres traduisant sans ambages ses engagements : "Guérilleros" (1968), "Les Prisonniers" (1972), "Germinal" (1986), "Le Monétarisme" (1997-1999) et, tout récemment "Clônes" (2000) qui avait l’objet, en février 2004 d’une exposition à la galerie Claude Bernard à Paris.

En 1995, un espace Paul Rebeyrolle a ouvert ses portes à Eymoutiers (site internet : www.espace-rebeyrolle.com) : plus d’une quarantaine de toiles de l’artiste y sont exposées ; des expositions temporaires y sont organisées ainsi que des ateliers d’initiation aux arts plastiques. Ainsi, l’héritage de Rebeyrolle, ce révolté de la terre qui voulait croire, malgré tout, aux hommes, est-il de cette façon assuré. "Je me demande, disait-il encore, si je ne pense pas autant à la vie et aux conditions de vie des individus qu’à la peinture." Le pionnier Rebeyrolle était peut-être aussi le dernier des Mohicans de la peinture. La peinture de la vie, bien sûr.

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L’EXPRESS

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi matin à Boudreville (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage.

Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, "le plus grand naturaliste de notre temps".

Il est né en 1926 à Eymoutiers (Limousin), sur les bords du ruisseau de "Planche-moutons" où il aimait pêcher et dont la terre ne quitta jamais ses semelles d'homme des bois, même après son installation à Boudreville (Côte d'Or).

Il en avait rivé la force tellurique sur d'immenses toiles, où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages, précipités comme dans la course de ce sanglier auquel il s'identifiait volontiers, corps trapu et trogne de hure.

"Le paysage, disait-il, c'est comme si je marchais ou me roulais dedans, comme je peux me rouler dans l'herbe ou marcher dans la boue".

Mieux que quiconque, le photographe Gérard Rondeau avait su capter cette animalité poétique, rapprochant Rebeyrolle d'un portrait de Rembrandt ou de la sculpture monumentale d'un Prométhée qu'il avait érigée dans les Ardennes.

"Prométhée m'a plu, confiait-il dans un livre ("Rebeyrolle ou le journal d'un peintre"), parce que c'était un dieu un peu voyou parmi les autres dieux, mais qui était aussi et surtout généreux. N'avait-il pas dérobé le feu aux autres dieux pour le donner aux hommes ?"

Complice des hommes, il se dresse contre l'injustice qui les opprime. Dans sa série "On dit qu'ils ont la rage", un homme défiguré par la haine projette à l'eau, d'un violent coup de pied, un chien installé dans une brouette. Torsion de l'animal affolé, crispation du poing de son bourreau.

Dans une autre série, "Le sac de Mme Tellikdjian", c'est un simple cabas jaune, qu'on sent rempli de pauvres trésors, qui fait les frais du mépris des hommes. Où l'on voit un voleur arracher le cabas à un être nu -apatride, réfugié, déporté, refoulé?- ratatiné dans un réduit charbonneux, puis le jeter près d'une conduite d'égoût, et enfin, humiliation suprême, uriner dessus.

De même, Rebeyrolle torture, triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, bref leur donne l'épaisseur d'une réalité de rebuts et de résidus.

Une oeuvre si forte -qu'ont su apprécier les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, mais aussi l'oeil d'un connaisseur et collectionneur comme François Pinault-, ne séduit pas tout le monde.

Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000, estimait que "si le public le connaissait mal, c'était de la faute des musées. Le fait que le Musée national d'art moderne du Centre Pompidou n'ait pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible".

L'artiste s'estimait "extrêmement favorisé pour avoir eu un public de vrais amateurs. Avoir rencontré un ostracisme aussi fort, déclarait-il à l'AFP, me prouve que je n'ai pas suivi le chemin du conformisme. Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin".

Mais déjà, Rebeyrolle se lançait dans d'autres guerres, à travers d'autres séries, comme "le monétarisme" en 1999 ou "le clonage", plus récemment.

"Car, disait-il, si on a l'amour de la nature et des gens, cela peut aller jusqu'à la violence. Mes arbres dérangent, parce qu'on ne peut pas domestiquer la nature. Mais si l'on se contente d'aimer les fleurs et les petits oiseaux, cela ne débouche que sur de la peinture décorative".

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http://www.radio-universfm.com

Au premier rang des nôtres.

Nous nous demandons ce que c'est que la vérité. Avant de quitter l'image -l'autre image, celle où nous sommes représentés- nous nous devions savoir où est la vérité. Paul Rebeyrolle l'a peinte, en lisière du monde.

Rebeyrolle, le juste. Et son exigence inquiète. Ne pas mentir, ne pas tricher, respecter le matériau travaillé. Par le grillage, les pigments, la colle, la ficelle, la tôle rouillée, ses enduits, sa peinture, les chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, les beaux rebuts ici ou là, les peaux de blaireaux, la rudesse des sols, l'odeur de la terre mouillée, les eaux courantes, il cherchait à dire le vrai.

Ce que dit Conche: pour que l'on puisse parler de vérité et non simplement d'accord des esprits, il faut un contact avec le réel. Mais on reste trop souvent enfermé dans la sphère humaine. Séparés du monde sensible. Et Rebeyrolle le savait.

Je vous faisais part durant l'été 2003 de ma découverte des toiles géantes de Rebeyrolle à Eymoutiers, son maquis du Limousin. En voici mon expérience particulière, naïve. D'une attention ouverte, dans les salles, devant les toiles, je n'ai pas compris. Un grand point d'interrogation s'est dessiné subitement sur mon crâne chauve comme sur le front blanc du clown triste. Car voir vraiment ainsi suppose un état de liberté où le visiteur s'est désenglué du monde de la préoccupation. Puis une fois sortis de ce lieu magnifique en lisière des bois des sangliers, des truites et des chênes, nous nous sommes arrêtés pour casse-croûter sur un délaissé de chaussée. Au pied des arbres, sur un sol mi-enrobé mi-caillouteux mi-végétal agrémenté de fragments de sacs plastiques maculés de boue, parmi les couleurs des écorces d'arbres, les feuillages, l'ombre de ceux-ci, l'éclat du soleil, avec à l'oreille la musique d'un courant d'eau...L'endroit se situait à quelques kilomètres d'Eymoutiers, chez lui en fait. Là, j'ai compris sa peinture en percevant ce qui m'entourait, dans quoi je baignais là, considérant aussi que je n'étais moi-même en tant qu'homme au sandwich de volaille qu'une forme fugitive, éphémère, que s'était donnée ponctuellement la Nature universelle, omnienglobante.

Marcel Conche dit dans son dernier livre paru "Philosopher à l'infini" que "La Nature en elle-même restera toujours hors d'atteinte, car le logos ne peut saisir ce qui n'est pas logicisable et mathématisable. La Nature est comme un corps vivant qu'enveloppe un vêtement. Le logos scientifique saisira peut-être chaque fibre du vêtement, et comment toutes renvoient à toutes, formant un ensemble beau et harmonieux, mais le vêtement n'est pas le corps de la personne. Or, la Nature elle-même nous est donnée immédiatement en chair et en os, sous la forme du monde sensible, de sa diversité et de sa profondeur." Le maquis aujourd'hui c'est ça. Et Rebeyrolle le savait.

Ici. Ici, en ces pages comme en ces ondes, nous nous plaçons sous la protection de quelques uns. Fétiches, ils donnent le sens, la musique. Au premier rang des nôtres, Paul Rebeyrolle. Par cette dédicace sur un catalogue -que m'a offert l'amie Françoise de Lieux-Dits, lors du vernissage de sa dernière expo sur le thème "Clones", le sentiment, l'action, la vie, qui viennent des mots simplement: "Pour Daniel. Paul Rebeyrolle." Avec ces mots, m'a-t-on dit, au moment où il la rédigeait "Oh! j'ai oublié son l ", s'employant alors à le rajouter tendrement. Le froissement des mots de celui qui, est-il dit, était "l'un des plus grands peintres du XXème siècle".

Quelques étincelles dans le regard du réfractaire: "La peinture doit être politique." Ou encore: "Le monde est quadrillé par des villes, donc par la bureaucratie, par la mort." Ou ceci:"La société capitaliste telle qu'elle est n'aura très rapidement plus besoin des artistes." Ou cela:"Nous vivons dans une société autophage où nous passons notre temps à nous bouffer les uns les autres, au nom du pouvoir et de l'argent." Ce qu'il revendiquait, aussi: "Un amour forcené de la nature, de la matière, des bêtes et des personnes". Et affirmait: "Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin."

DD

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La Libre Belgique

Mort du peintre Paul Rebeyrolle

LE PEINTRE PAUL REBEYROLLE, un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi matin à Boudreville dans la Côte d'Or à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage à l'AFP. Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, « le plus grand naturaliste de notre temps». Né près de Limoges, à Eymoutiers en 1926, cet artiste tendre et bourru, dont les toiles criaient sa rage contre toutes les oppressions, s'était vu consacrer un espace dans son village natal où sont exposées ses peintures et sculptures. Plus de 40 toiles représentatives de la production de l'artiste y sont exposées, de 1959 à aujourd'hui. « Son oeuvre puissante, violente mais généreuse est un appel à la liberté, une révolte contre l'injustice, l'intolérance, l'asservissement de l'homme et de la nature; un véritable témoignage de notre temps», lit-on en exergue du centre d'Eymoutiers.

Sa première exposition personnelle a lieu en 1951. Considéré comme l'un des plus grands peintres français contemporains, Paul Rebeyrolle a eu de nombreuses expositions personnelles et de groupes dans des musées et dans des galeries. En 1979 une première exposition rétrospective lui est consacrée au Grand Palais à Paris. Il a toujours travaillé selon des thèmes, des séries («Nus» en 1970; «Natures mortes et pouvoir» en 1976; «Germinal» en 1986) qui ont un point commun: la situation de l'homme et son engagement dans le monde qui l'entoure.

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Radio Canada

LE PEINTRE PAUL REBEYROLLE DISPARAÎT 

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, très affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi à Boudreville, en France, à l'âge de 78 ans.

Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, « le plus grand naturaliste de notre temps ».

Contre toutes les oppressions

Né dans le centre de la France, près de Limoges, à Eymoutiers en 1926, cet artiste tendre et bourru, dont les toiles criaient sa rage contre toutes les oppressions, s'était vu consacrer un espace dans son village natal où sont exposées ses peintures et sculptures.

Dans ses séries, Rebeyrolle torture, triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons...

À partir de 1968, son opposition politique s'inscrit dans des séries

1968: Guérilleros.

1970: Coexistences.

1972: Les Prisonniers.

1973: Faillite de la science bourgeoise.

1975: Natures mortes et pouvoir.

1980/82: Les évasions manquées.

1983: Le Sac de Madame Tellickdjian.

1984/85: On dit qu'ils ont la rage.

1986: Germinal.

1987: Au royaume des aveugles.

1990/91: Les Panthéons.

1993: Splendeurs de la vérité.

1997/99: Le Monétarisme.

2000: Clônes.

2003: Clônes et Autophages

 Une oeuvre difficile d'accès

Son oeuvre, appréciée par les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, mais aussi le connaisseur et collectionneur François Pinault, ne séduit pas tout le monde.
Ainsi, le Musée national d'art moderne du Centre Pompidou n'a pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections.        
Le ministre français de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, a rendu hommage lundi à l'artiste « engagé et sensible », dont le regard « a profondément bouleversé l'art figuratif contemporain de ces dernières cinquante années ».

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Libération

Rebeyrolle le rebelle se fait la bellepix

Le peintre français qui s'engageait avec rage dans ses toiles est mort hier à 78 ans. Par Hervé GAUVILLE

Il n'est pas mort en s'ouvrant les veines dans sa baignoire. Affaibli depuis plus d'un an, le peintre Paul Rebeyrolle s'est éteint, hier matin, à Boudreville, en Bourgogne, à l'âge respectable de 78 ans.

L'assassiné à la Marat, c'est un motif qu'il a représenté dans les années 80. La baignoire a occupé une place importante dans ses obsessions picturales de l'époque. Elle se manifeste sous la forme d'une trilogie qu'il avait intitulée les Evasions manquées. Le premier chapitre est consacré à des tortures au rang desquelles le supplice de la baignoire paraît en bonne place. Le deuxième s'inspire de chefs-d'oeuvre empruntés à Zurbaran, Caravage ou Michel-Ange, revisités à travers des corps maltraités. Quant au troisième, il met en scène des suicidés et donc, en particulier, adeptes de mort violente par ouverture des veines dans l'eau du bain.

Le dixième opus de la série de ces Suicide est sous-titré Comment peindre un type qui fait cet acte ? Ce genre de questions, le choix de tels sujets et surtout une manière, rageuse et fulgurante, de se projeter sur toile, tout cela se retrouvait sous la signature Rebeyrolle. A son propos, on a parlé de réalisme expressionniste, évoqué Francis Bacon, avancé la formule de peinture engagée. Vrai et faux. Son réalisme avait d'abord adopté une allure bucolique, teinté d'angélisme, avec moutons, enfants et étables. La suite se durcit et s'assouplit en même temps. Le trait court plus vite, il s'aiguise. Mais les couleurs affectionnent encore les tons layette, rose et bleu.

Distorsions. La comparaison avec le peintre britannique amateur de papes et de juges vaut surtout pour la référence au figuratif. Tous deux sont les rares tenants, prenant le relais de Picasso, d'une peinture du corps humain, fût-ce sous les dehors de savantes distorsions. Pourtant, Rebeyrolle n'a rien à voir avec un Bacon à la française. D'ailleurs, la figuration n'était pas pour lui une religion, plutôt un combat. Jean-Paul Sartre et Michel Foucault l'appréciaient, alors que Bacon était plutôt du goût de Gilles Deleuze. A la fin des années 60, Rebeyrolle intègre même des techniques non figuratives à sa peinture et use des matériaux les plus divers.

L'engagement politique, par contre, est source d'une fertile inspiration. Après un passage précoce et rapide au Parti communiste, il découvre dans son métier des ressources de résistance et de subversion autrement plus efficaces que le militantisme. Sa profession de foi se manifeste dans des tableaux dont la violence est davantage dans la scène peinte que dans la facture. Elle trouve aussi à s'énoncer abruptement quand il déclare : «J'aimerais que les mauvais traitements que l'homme reçoit ne soient pas plus graves que ceux que je lui inflige dans mon travail ! Malheureusement, depuis longtemps, et particulièrement en ce moment, l'homme est maltraité et souffre mille drames. Alors, on pourrait fermer les yeux, dire que les femmes sont belles, les athlètes splendides, les lignes du corps harmonieuses et peindre, de façon décorative, des bouquets de fleurs et des petits oiseaux. Ce n'est pas mon cas» (Libération du 10 août 1994). Ce programme, il l'aura tenu jusqu'au bout.

Epices et sauces. S'il faut aujourd'hui lui chercher des compagnons de route en peinture, autant choisir le Canadien Jean-Paul Riopelle ou le Chilien Roberto Matta, qui l'ont toujours intéressé. A leur enseigne, chacun de ses coups de pinceau se voulait un coup de force. Ses pigments étaient des épices, ses matériaux, des ingrédients, ses huiles, des sauces. La cuisine Rebeyrolle touillait à grandes louches et quand les jaunes giclaient, ils s'écrasaient sur la toile comme un oeuf brouillé dans la poêle.

Il y a dix ans ouvrait près de Limoges un musée qui lui est consacré. A Eymoutiers, où l'artiste est né en 1926.

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France 2

Le peintre et sculpteur Paul Rebeyrolle est mort

Paul Rebeyrolle, un des plus grands artistes contemporains français, est décédé lundi à Boudreville (Côte-d'Or)

Paul Rebeyrolle, âgé de 78 ans, était affaibli depuis plus d'un an. Il laisse derrière lui une oeuvre immense, méconnue du grand public et de certaines institutions.

Jean-Louis Prat, l'ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, estime qu'il était "le plus grand  naturaliste de notre temps".

Né à Eymoutiers, près de Limoges, en 1926, cet artiste tendre et bourru, criait, dans ses toiles, sa rage contre toutes les oppressions. Son village natal lui avait consacré un espace où sont exposées ses peintures et ses sculptures

Fou de nature, Rebeyrolle aimait pêcher dans le ruisseau de "Planche-moutons" et la terre ne quittait jamais ses semelles d'homme des bois.

"Le paysage, disait-il, c'est comme si je marchais ou me roulais dedans, comme je peux me rouler dans l'herbe ou marcher dans la boue", disait-il.

De la terre, il avait rivé la force sur d'immenses toiles où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages.

De même, Rebeyrolle triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, leur donne l'épaisseur d'une réalité de rebuts et de résidus.

Il avait réalisé une sculpture monumentale de Prométhée, dans les Ardennes. "Prométhée m'a plu, confiait-il dans un livre ("Rebeyrolle ou le journal  d'un peintre"), parce que c'était un dieu un peu voyou parmi les autres dieux,  mais qui était aussi et surtout généreux. N'avait-il pas dérobé le feu aux  autres dieux pour le donner aux hommes ?"

Rebeyrolle se dressait toujours contre l'injustice qui opprime les hommes. Dans sa série "On dit qu'ils ont la rage", un homme défiguré par la haine projette à  l'eau, d'un violent coup de pied, un chien installé dans une brouette. Torsion  de l'animal affolé, crispation du poing de son bourreau.

Dans une autre série, "Le sac de Mme Tellikdjian", c'est un simple cabas  jaune, qu'on sent rempli de pauvres trésors, qui fait les frais du mépris des  hommes. Où l'on voit un voleur arracher le cabas à un être nu -apatride,  réfugié, déporté, refoulé?- ratatiné dans un réduit charbonneux, puis le jeter près d'une conduite d'égoût, et enfin, humiliation suprême, uriner dessus.

L'oeuvre forte de Rebeyrolle -qu'appréciaient les philosophes Jean-Paul Sartre ou  Michel Foucault, mais un connaisseur et collectionneur comme  François Pinault-, ne séduit pas tout le monde.

Pour Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000, "si le public le connaissait mal, c'était de la faute des musées. Le fait que le Musée national d'art moderne du  Centre Pompidou n'ait pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible".

S'il jouissait de peu de reconnaissance officielle, l'artiste s'estimait "extrêmement favorisé pour avoir eu un public de vrais amateurs. Avoir rencontré un ostracisme aussi fort, déclarait-il, me  prouve que je n'ai pas suivi le chemin du conformisme. Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin".

"Si on a l'amour de la nature et des gens, disait-il encore, cela peut aller  jusqu'à la violence. Mes arbres dérangent, parce qu'on ne peut pas domestiquer la nature. Mais si l'on se contente d'aimer les fleurs et les petits oiseaux,  cela ne débouche que sur de la peinture décorative".

Ces dernières années,  il s'était lancé dans des séries sur "Le monétarisme" (1999) et plus récemment sur "le clônage".

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l’HUMANITE culture

Une vie de noble courroux. Paul Rebeyrolle.

Le grand peintre Paul Rebeyrolle vient de nous quitter à 79 ans. Il avait empoigné la matière et la couleur avec une totale liberté.

Ainsi la voilà, cette nouvelle qui nous attriste à la hauteur de l’appréhension que nous en avions. L’un des plus grands peintres de notre époque s’en est allé. Ce n’est pas une formule d’usage. Sa haute stature plastique et - osons-le - morale nous semble lui valoir ce titre. Dans l’ancienne scierie qu’il occupait à Eymoutiers, en Haute-Vienne, Paul Rebeyrolle extrayait de sa glèbe natale une liberté de peindre sans cesse croissante qui surgit du fond même de ses toiles.

« faire éclater les tabous »

Il n’a guère connu de repos. Abominations des heures sanglantes du maquis limousin au temps de l’occupation, crimes du franquisme et des guerres coloniales, tortures, étau de la politique des blocs, compromis historiques et horreurs économiques, rien n’a échappé à ce chasseur de sangliers toujours à l’affût. Les thèmes qu’il avait installés au fils du temps se déclinent en Coexistences, Faillite de la science bourgeoise, On dit qu’ils ont la rage ou encore Dépouilles, Monétarismes... Autant d’oeuvres et de titres qui parlent par la peinture et pas autrement. Le passage à l’acte politique s’opérait chez Paul Rebeyrolle par le geste de peindre. Tout lui faisait ventre. Singes, truites, sources et torrents, jets de pisse et tourbe noire, tumultes de la terre et des tempêtes, ouragans pour, disait-il, « faire éclater les tabous et dénoncer les crimes et les erreurs ».

L’artiste a sué sang et eau en multiples travaux dont les procédés toujours diffèrent. Il faut le voir, dans le film que lui avait consacré Gérard Rondeau, touiller les couleurs à plein bras, les empoigner, aplatir leur chaos sur la toile renversée et le creuser de protubérances, le fouailler d’empâtements. Le colosse barbu use alors d’habiletés de sage-femme pour que l’oeuvre vienne au jour. Rien ne l’irritait tant que la non-pensée, son opacité menaçante. Cet homme courtois peignait en cognant : « Sinon, déclarait-il, je ferais des tableaux. L’important est d’entendre ça : je ne fais pas de tableaux. »

Les musées s’en effraient encore

Né à Eymoutiers, nous l’avons dit, en 1926, Paul Rebeyrolle n’aimait les écoles que buissonnières. Son bachot en poche, tout de même, il monte à Paris par le premier train de la Libération. Pour devenir peintre. Il se nourrit du Louvre, gratuit les dimanches. Titien, Rubens, Le Caravage, Courbet, Rembrandt, Ribera, Delacroix... Rebeyrolle les renifle et les scrute au fond des yeux. Déjà, il sait se dépêtrer de leur puissance sans se déprendre. Il court aux expositions de Soutine et Picasso. À ses admirations, il puise la liberté.

Il adhère en 1953 au Parti communiste, le quitte trois ans plus tard à cause des événements de Hongrie et de « la position pleine de duplicité qu’adopte le PCF à propos de la guerre d’Algérie ». La rupture, douloureuse, est symbolisée par une toile intitulée À bientôt j’espère. Suivront dix années de recherche et d’expositions avant qu’il ne retourne s’installer à la campagne qui a imprégné son enfance, peut-être pour mieux entendre le bruit et la fureur du monde dans le murmure des sources.

Il y a travaillé jour et nuit, à plein corps. À s’en détruire la marche. Un mal de Pott l’a cloué au sol cinq ans. Rebeyrolle s’est jeté au feu de la céramique. Il a fondu le bronze, hérissé ses peintures de grillages et de torchons, de bois collectés. Si Sartre et Foucault ont salué son travail de textes superbes, les musées s’en effraient encore. Du moins à ce jour. Devant l’espace qui porte son nom, bâti pour lui par son village, gît un cénotaphe aux gisants grotesques, fers de bêche qu’arrose un filet d’eau. C’est la fin de leur attente.

Dominique Widemann

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FRANCE INFO / Art / 07/02/2005

La mort du peintre Paul Rebeyrolle

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé le 7 février au matin à Boudreville-en-Bourgogne (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans. Voici sa biographie, proposée par la documentation d'actualité de radio France :

Paul Rebeyrolle, né à Eymoutiers le 3 novembre 1926, s'est imposé comme l’un des peintres majeurs dans l’art français du XXème siècle.

Après ses études à Limoges, il arrive à Paris en 1944. Installé à la Ruche, il travaille à la Grande Chaumière et y rencontre les artistes de l’école de Paris. En 1945, la découverte des oeuvres de Soutine le marque profondément et, deux ans plus tard, la réouverture du Louvre lui permet d'étudier Rubens et Rembrandt, déterminant ce qu'il nomme sa "période musée". Il participe depuis 1945 aux Salons, et devient le chef de fil de la Jeune Peinture Figurative.
Triturée, violentée, la matière propose dans ses toiles l'équivalent de la chair souffrante : pour Rebeyrolle, l'engagement politique doit transparaître davantage dans le traitement pictural que dans l'imagerie. Aussi ses thèmes même les plus évidemment politiques (série de guérilleros de 1967, après un voyage à Cuba), sont-ils d'abord l'occasion d'un combat avec ce qui, dans la toile, pourrait esquisser l'espoir d'une sérénité.

Dans les années soixante dix, les variations sur la nature en soulignent les aspects les plus dynamiques, et l'alternance de mort et de vie qui s'y répète. Les scènes de torture ultérieures, réactions à l'actualité contemporaine, permettent de réintroduire une humanité elle-même particulièrement marquée par le malheur. Solitaire dans sa démarche, Rebeyrolle apparaît , jusque dans ces récentes sculptures, comme l'auteur d'une méditation de plus en plus lucide, alternant la grâce et la rage, sur ce qui mêle le tournis des êtres à la pulpe de la terre.

Son œuvre puissante, violente mais généreuse est un appel à la liberté, une révolte contre l'injustice, l'intolérance, l'asservissement de l'homme et de la nature; un véritable témoignage de notre temps.

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PARIS (AFP), le 08-02-2005

Le peintre Paul Rebeyrolle est mort

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi matin à Boudreville (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage.

Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, "le plus grand naturaliste de notre temps".

Il est né en 1926 à Eymoutiers (Limousin), sur les bords du ruisseau de "Planche-moutons" où il aimait pêcher et dont la terre ne quitta jamais ses semelles d'homme des bois, même après son installation à Boudreville (Côte d'Or).

Il en avait rivé la force tellurique sur d'immenses toiles, où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages, précipités comme dans la course de ce sanglier auquel il s'identifiait volontiers, corps trapu et trogne de hure.

"Le paysage, disait-il, c'est comme si je marchais ou me roulais dedans, comme je peux me rouler dans l'herbe ou marcher dans la boue".

Mieux que quiconque, le photographe Gérard Rondeau avait su capter cette animalité poétique, rapprochant Rebeyrolle d'un portrait de Rembrandt ou de la sculpture monumentale d'un Prométhée qu'il avait érigée dans les Ardennes.

"Prométhée m'a plu, confiait-il dans un livre ("Rebeyrolle ou le journal d'un peintre"), parce que c'était un dieu un peu voyou parmi les autres dieux, mais qui était aussi et surtout généreux. N'avait-il pas dérobé le feu aux autres dieux pour le donner aux hommes ?"

Complice des hommes, il se dresse contre l'injustice qui les opprime. Dans sa série "On dit qu'ils ont la rage", un homme défiguré par la haine projette à l'eau, d'un violent coup de pied, un chien installé dans une brouette. Torsion de l'animal affolé, crispation du poing de son bourreau.

Dans une autre série, "Le sac de Mme Tellikdjian", c'est un simple cabas jaune, qu'on sent rempli de pauvres trésors, qui fait les frais du mépris des hommes. Où l'on voit un voleur arracher le cabas à un être nu -apatride, réfugié, déporté, refoulé?- ratatiné dans un réduit charbonneux, puis le jeter près d'une conduite d'égoût, et enfin, humiliation suprême, uriner dessus.

De même, Rebeyrolle torture, triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, bref leur donne l'épaisseur d'une réalité de rebuts et de résidus.

Une oeuvre si forte -qu'ont su apprécier les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, mais aussi l'oeil d'un connaisseur et collectionneur comme François Pinault-, ne séduit pas tout le monde.

Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000, estimait que "si le public le connaissait mal, c'était de la faute des musées. Le fait que le Musée national d'art moderne du Centre Pompidou n'ait pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible".

L'artiste s'estimait "extrêmement favorisé pour avoir eu un public de vrais amateurs. Avoir rencontré un ostracisme aussi fort, déclarait-il à l'AFP, me prouve que je n'ai pas suivi le chemin du conformisme. Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin".

Mais déjà, Rebeyrolle se lançait dans d'autres guerres, à travers d'autres séries, comme "le monétarisme" en 1999 ou "le clonage", plus récemment.

"Car, disait-il, si on a l'amour de la nature et des gens, cela peut aller jusqu'à la violence. Mes arbres dérangent, parce qu'on ne peut pas domestiquer la nature. Mais si l'on se contente d'aimer les fleurs et les petits oiseaux, cela ne débouche que sur de la peinture décorative".

"En fait, on ne comprend rien à ce monde. C'est ce qui en fait la richesse..." Gamma - Catherine Cabrol

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LE MONDE

Paul Rebeyrolle, peintre d'histoire égaré au XXe siècle

L'artiste mort le 7 février est difficilement classable. Solitaire, à l'écart des courants, il entendait s'enraciner dans la grande peinture, celle du Titien et de Courbet. Mal représenté dans les collections publiques, il laisse derrière lui une œuvre immense traversée de rage et d'éclairs.

Le peintre Paul Rebeyrolle est mort lundi 7 février, à Boudreville, le village de Côte-d'Or où il était installé. Il était âgé de 78 ans.

Né le 3 novembre 1926 à Eymoutiers (Haute-Vienne), Rebeyrolle a beaucoup pêché. La truite, de préférence. Son talent pour la gaule l'a même nourri parfois, avec Papou, son épouse, lorsque son caractère de sanglier (qu'il chassait aussi) lui faisait prendre la mouche et claquer la porte au nez des marchands.

Il s'en était expliqué dans un entretien (Le Monde du 27 mars 1993) : "Tous les mystères restent entiers. On n'y comprend rien. C'est précisément ce qui alimente la passion en art comme dans la pêche à la mouche. On ne sait jamais où sont les solutions. Il y a toujours à inventer. Et on ne sait qu'une infime partie des choses. En fait, on ne comprend rien à ce monde. C'est ce qui en fait la richesse..."

Ce monde, le nôtre, il avait entrepris de le décrire, reprenant une mission qui, selon lui, était tombée en désuétude depuis les impressionnistes : faire de la peinture d'histoire, s'enraciner dans la grande peinture, celle de Titien, de Vélazquez, de Delacroix et de Courbet. Surtout Courbet. Les impressionnistes, en s'éloignant du sujet, avaient trahi leur art. Surtout Cézanne, qu'il qualifiait de malfaiteur.

Il fallait voir sa peinture, et la rage qu'il y mettait, pour comprendre pourquoi. Sa dernière grande rétrospective eut lieu à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence. Parce que Jean-Louis Prat, son directeur, s'il ne partageait pas les choix politiques de Rebeyrolle, sait reconnaître une grande peinture quand il en voit une.

Un privilège assez peu partagé par les conservateurs de musée : Rebeyrolle y était mal vu. Au point qu'il s'était bâti le sien, dans sa ville natale d'Eymoutiers. Il voulait, disait-il, "en faire un bastion, mais pas un mausolée. Quelque chose d'hors normes. Mais je veux montrer autre chose que mes tableaux, bâtir des expositions de prestige pour faire vivre le lieu. C'est un anti-musée : il faut y défendre ce qui n'est pas à la mode pour montrer autre chose que le formalisme ou les truqueurs".

Ses parents étaient instituteurs à Eymoutiers. Il y passe son enfance dans une immobilité quasi complète, entre 5 et 10 ans, terrassé par une forme de tuberculose osseuse, avec pour seule vue le cadre d'une fenêtre et le rosier qui poussait de l'autre côté.

Rétabli, il travaille avec des émailleurs à Limoges et apprend le métier. Il arrive à Paris en 1944, par le premier train de la Libération. "J'ai filé directement à la Grande Chaumière, confiait-il jadis au Monde (11 juin 1994), parce qu'on m'avait dit que c'était une académie libre. En chemin, je suis passé devant la devanture d'un marchand de tableaux, Kaganovitch, boulevard Raspail. En vitrine, il y avait un Rouault. J'ai cru m'évanouir, c'était le premier vrai tableau que je voyais." Tout en survivant grâce à divers petits boulots, il prépare le concours de l'Ecole des arts décoratifs, auquel il est recalé.

"C'ÉTAIT ÇA LA TORTURE"

Ses maîtres, il croit les trouver lors des rétrospectives de Picasso et de Soutine. Mais le choc vient de la réouverture du Louvre, en 1947. "La réouverture du Louvre a été un vrai bouleversement. Je croyais savoir des choses, et je m'aperçois que je ne sais rien du tout. La grande peinture m'arrive en plein dessus, d'un coup. Enfin non, parce qu'ils ne l'ouvraient que salle par salle. C'était ça la torture."

Dans le catalogue de l'exposition de la Fondation Maeght, une série de photographies le montre lors d'une visite au Louvre un demi-siècle plus tard, en avril 1997. Sur l'une d'elle, il est planté devant Le Radeau de la Méduse, de Géricault, fixant le cadavre pour lequel Delacroix avait posé. On dirait qu'il va le dévorer. La peinture, toujours : "Sinon, je ferais des tableaux. L'important est d'entendre ça : je ne fais pas des tableaux."

Membre du Parti communiste, il ne pratique pourtant pas le réalisme socialiste que prône Aragon dans les années 1950. Sa peinture est trop âpre, expressionniste. Il rompt avec le Parti en 1956, au moment de l'invasion de la Hongrie, mais non sans regrets, et exécute pour l'occasion une toile intitulée A bientôt, j'espère...

De ses premières œuvres, accrochées au réel au point d'exagérer l'épaisseur d'un trait pour le faire correspondre à la matière du cannage d'une chaise, il va ainsi passer à une peinture plus voluptueuse, entraînée par sa logique propre.

Les séries se suivent, grenouilles, champignons ou truites, qui explorent les possibilités offertes par la couleur ou les inclusions de matériaux bizarres, des branches, du grillage, voire la poussière de l'atelier.

Elles se nomment Coexistences (l'exposition, en 1970, fut préfacée par Sartre), Guérilleros, Prisonniers, On dit qu'ils ont la rage, Faillite de la science bourgeoise. Le Sac de Mme Tellikdjian est, à travers le souvenir de sa belle-mère d'origine arménienne, un hommage à tous les émigrés. Suzanne et les vieillards ou Les Panthéons, un pied de nez à toute forme de magistrature. Les plus récentes, Le Monétarisme, Clonage, criaient sa colère face à l'état du monde.

Pourtant, très tôt, de grands marchands s'intéressent à son travail : la Marlborough, à Londres et à New York, dès 1954, Maeght, à Paris, à partir de 1967.

Des collectionneurs, parmi lesquels François Pinault, dont on n'imagine pas qu'il goûte tout le sel du contenu politique de l'œuvre, mais qui déclarait lors de l'annonce de la création de sa fondation : "Par rapport aux conservateurs de musée, un collectionneur peut avoir des réactions nettement plus rapides quand il s'agit de prendre une décision d'achat.

"Et je crois qu'il doit avoir des choix différents, mais qui peuvent être complémentaires : Paul Rebeyrolle en est un exemple, mal représenté dans les collections publiques, mais que je tiens pour un grand artiste." Et d'ajouter : "C'est un des plus grands, et il faut le faire savoir."

Il y avait aussi une forme de complicité entre Le Monde et Paul Rebeyrolle : depuis 1962, son "refus de tricher avec le réel" avait passionné les rédacteurs du service culture. Il avait accepté d'apporter sa vision, avec des peintures et des dessins inédits, au supplément "L'Avenir"consacré au XXIe siècle alors naissant, publié avec le quotidien du 26 novembre 1999.

Au moment où il est question d'un "retour" de la peinture, la disparition de Paul Rebeyrolle est d'autant plus amère. Il en était, du fond de son grand atelier clair, une ancienne scierie et son moulin, coincé entre deux ruisseaux, une de nos meilleures vigies.

Harry Bellet

 

Eymoutiers, le bastion d'une œuvre

Un "lieu de confrontation" et non un musée, "où l'on peut faire des choses un peu plus marginales que l'art officiel". C'est ainsi que Paul Rebeyrolle décrivait l'espace dédié à son œuvre dans sa ville natale d'Eymoutiers, en Haute-Vienne.

Un lieu érigé en véritable bastion de ses idées. Ouvert en 1995, conçu par l'architecte Olivier Chaslin, il rassemble une quarantaine de tableaux significatifs, couvrant toutes les périodes de son travail, des années 1950 jusqu'à nos jours. Dès l'entrée du lieu on découvre Planchemouton - du nom d'un ruisseau tout proche -, une peinture qui a obtenu le Grand Prix international de la première Biennale de Paris en 1959.

Chaque été, parallèlement à la collection permanente, des expositions temporaires mettent en avant un artiste "sortant des sentiers battus", ou qui mérite un éclairage différent : Fernand Léger en 2001, César en 2002, ou encore Jacques Monory en 2003.

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LE MONDE

La colère du bonheur et l'ivresse de la bravoure

Plus grand mort que vivant... Tel est son éloge funèbre.

Rebeyrolle est mort. C'était un scientifique de l'art. Peintre des corps, des tortures, des horreurs, des splendeurs de la nature, des grands formats, des formes directes du temps.

L'âge ? Il avait été un enfant malade, puis un athlète, champion de France junior de javelot, enfin fou de peinture, homme des bois et des rivières. L'âge, il connaissait par cœur : "Je suis un peu plus prudent. Il y a des choses que je ne peux plus faire. Je compose avec mon corps. Ça n'a aucune importance : la question est de prendre le dessus sur la souffrance par la pensée. Sans devenir acariâtre. Le tout est d'aller à l'essentiel." C'est tout.

Depuis un an, il bataillait, il dessinait, bricolait, il perdait son poids, son corps. La voix, elle, sculptée à la Gauloise bleue, ne bougeait pas : d'un calme de sage avec lequel il assénait ses avis. Il dévorait les journaux, les livres, la vie et le vin.

L'époque ? "Celle-ci est plus sordide que toutes celles que j'ai vécues. L'économie tue directement, avec cynisme et volonté." Interstices de liberté ? "La pratique de l'art, les liens entre nous, le travail à la fonderie."

S'il exagérait ? "Impossible de faire autrement." Extrémiste ? "La peinture te sauve de ça. Simplement, je n'aimerais pas que la mienne soit moyenne. Je fais tout ce que je peux. Tous les efforts possibles, je les fais."

CÔTÉ INTRAITABLE

Une peinture moyenne : il ne court pas le risque. Rebeyrolle peint fort, comme on cogne, comme on chante. Croyait-il ? "A rien. A l'amour. La révolution, je n'y crois plus sous la forme des révoltés des bois. Le système est trop autophage. Je crois à la recherche des solutions ; à la joie tous les matins, au saut du lit, de foncer à l'atelier : même quand ça ne marche pas." A tout instant, il se demande s'il ne pense pas autant à la vie et aux conditions de vie des individus qu'à la peinture. La leçon est là.

On sortait de l'atelier, de la maison, du bistrot, invariablement requinqué. Par quoi ? Par cette force qui va : ce côté intraitable qu'il calmait d'un rire contagieux, doux et terrible. Et aussi, bien secoué, travaillé par sa parole qui sonnait si juste et si fort que les vivants se bouchaient les oreilles : "La vulgarité, c'est l'absence d'engagement. Pas de manière politique, bien que ce soit quelque chose qui compte pour moi, mais l'engagement plastique : trouver des solutions plastiques qui ne soient justement pas de bon goût, comme beaucoup font" (Rebeyrolle ou le journal d'un peintre, Ides et Calendes, Neuchâtel, 2000).

Ses phrases étaient construites, toujours achevées : perfectionniste de la parole comme de la matière. Les choses comptaient, en somme, et elles continuent de compter dans les œuvres qui vont maintenant se laisser voir.

Un sanglier ? L'image s'impose. Non ! Plutôt un taureau, ivre d'allant et de bravoure. C'est ce qui de son vivant déroutait, intimidait, clouait. Ce qui l'a rapproché de Foucault et, auparavant, de Sartre : "Je lui ai écrit, vous êtes le seul à vraiment être au cœur du problème. On s'est beaucoup vus et de façon très drôle. Un jour, il m'annonce : "J'ai fini le texte sur vous, je suis à Rome, j'ai écrit un texte très gauchiste, venez me voir." J'ai pris le train, on a passé de très bons moments à bavarder, on a mangé des perdrix, et finalement on n'a pas parlé une seconde de son texte." Plus de perdrix.

Rebeyrolle est donc mort, on ne parlera plus d'autre chose : son œuvre commence.

Francis Marmande

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LE MONDE

"En fait, je dois être un pur classique..."

Voici des extraits d'un entretien avec Paul Rebeyrolle publié dans "Le Monde" du 11 juin 1994.

Ce qui importe, c'est la peinture. Parce que, quoi qu'on dise, la peinture est un art d'une richesse extraordinaire. Les seuls artistes qui m'intéressent sont ceux qui sont conscients de sa grandeur.

Chaque fois que je vais en Italie, chez Bonvicini, le fondeur de Vérone qui fait mes bronzes, je prends une journée, je saute dans un train pour Venise, et je vais voir La Crucifixion du Tintoret. Et puis il y a Caravage, Titien, Rembrandt, Goya. J'aime Léger pour son ambition, et Picasso pour ses sculptures. C'est le plus grand sculpteur du siècle, et de loin.

Et puis, chez les Américains, Rothko... Ça vous étonne, hein ! Et puis De Kooning, mais il est hollandais. Et puis Joan Mitchell et Riopelle, mais ce sont des copains. (...)

Le vrai réalisme, c'est la "splendeur de la vérité" - titre d'une série de Rebeyrolle -, c'est chercher la vérité là où elle est. Au Louvre autrefois, il y avait un Caravage superbe, que je ne vois plus jamais accroché : un Enterrement de la Vierge, une femme avec un gros ventre, hydropique. C'est ça le réalisme : saint Laurent sentant le cochon grillé, avec une grosse fumée noire. (...)

Ce sont les jeunes qui dégustent, en première ligne. En général, ils n'y résistent pas. Chaque génération produit des peintres d'élite, qui connaissent le succès trop tôt. Ils s'y brûlent les ailes, et ça m'a toujours tristement impressionné.

Moi, j'ai eu de la chance : j'ai mauvais caractère ; je suis étonné qu'on s'intéresse encore à moi.

Le succès, c'est l'écume des choses : la réalité, cela se joue tous les matins à l'atelier. Sartre m'avait demandé un jour : "Vous seriez ministre de la culture, si on vous le proposait ?" Je lui dis : "Oh, non..." Alors Sartre : "On n'a pas le temps, hein ?..." (...)

On a dit que j'étais baroque... En fait, je dois être un pur classique, parce que si, dans une reproduction, on me coupe un tableau, ça me rend fou. Le format n'a pas d'importance, mais le calcul du format, la place des choses dans la toile, si.

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LA NOUVELLE REPUBLIQUE D’ALGER  : Peinture contemporaine : Paul Rebeyrolle n’est plus

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi matin à Boudreville (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage. Il laisse derrière lui une œuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Mæght, qui l'avait exposé en 2000, «le plus grand naturaliste de notre temps».

Il est né en 1926 à Eymoutiers (Limousin), sur les bords du ruisseau de «Planche-moutons» où il aimait pêcher et dont la terre ne quitta jamais ses semelles d'homme des bois, même après son installation à Boudreville (Côte d'Or.

Il en avait rivé la force tellurique sur d'immenses toiles, où se jetaient mousses, graviers, terre, feuillages, précipités comme dans la course de ce sanglier auquel il s'identifiait volontiers, corps trapu et trogne de hure.

«Le paysage, disait-il, c'est comme si je marchais ou me roulais dedans, comme je peux me rouler dans l'herbe ou marcher dans la boue». Mieux que quiconque, le photographe Gérard Rondeau avait su capter cette animalité poétique, rapprochant Rebeyrolle d'un portrait de Rembrandt ou de la sculpture monumentale d'un Prométhée qu'il avait érigée dans les Ardennes. «Prométhée m'a plu, confiait-il dans un livre (Rebeyrolle ou le journal d'un peintre), parce que c'était un dieu un peu voyou parmi les autres dieux, mais qui était aussi et surtout généreux. N'avait-il pas dérobé le feu aux autres dieux pour le donner aux hommes ?»

Complice des hommes, il se dresse contre l'injustice qui les opprime. Dans sa série On dit qu'ils ont la rage, un homme défiguré par la haine projette à l'eau, d'un violent coup de pied, un chien installé dans une brouette.

Torsion de l'animal affolé, crispation du poing de son bourreau.

Dans une autre série, Le sac de Mme Tellikdjian, c'est un simple cabas jaune, qu'on sent rempli de pauvres trésors, qui fait les frais du mépris des hommes. Où l'on voit un voleur arracher le cabas à un être nu — apatride, réfugié, déporté, refoulé ? — ratatiné dans un réduit charbonneux, puis le jeter près d'une conduite d'égoût, et enfin, humiliation suprême, uriner dessus.

De même, Rebeyrolle torture, triture ses enduits, sa peinture, les nourrit de chiffons collés, surpeints, de paille de fer, de crin, de cartons, bref leur donne l'épaisseur d'une réalité de rebuts et de résidus.

Une œuvre si forte qu’ont a su apprécier les philosophes Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, mais aussi l'œil d'un connaisseur et collectionneur comme François Pinault-, ne séduit pas tout le monde. Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000, estimait que «si le public le connaissait mal, c'était de la faute des musées. Le fait que le Musée national d'Art moderne du Centre Pompidou n'ait pas une seule œuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible».

L'artiste s'estimait «extrêmement favorisé pour avoir eu un public de vrais amateurs. Avoir rencontré un ostracisme aussi fort, déclarait-il à l'AFP, me prouve que je n'ai pas suivi le chemin du conformisme. Mon plus grand luxe, c'est de ne pas être un larbin».

Mais déjà, Rebeyrolle se lançait dans d'autres guerres, à travers d'autres séries, comme Le monétarisme en 1999 ou Le clonage, plus récemment.

«Car, disait-il, si on a l'amour de la nature et des gens, cela peut aller jusqu'à la violence. Mes arbres dérangent, parce qu'on ne peut pas domestiquer la nature. Mais si l'on se contente d'aimer les fleurs et les petits oiseaux, cela ne débouche que sur de la peinture décorative».

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Associated Press

Le peintre Paul Rebeyrolle est mort

Le peintre Paul Rebeyrolle, qui était âgé de 78 ans, est décédé à son domicile de Boudreville, en Côte d'Or, a-t-on appris lundi auprès de la mairie d'Eymoutiers (Haute-Vienne), d'où il était originaire.

Un espace portant son nom est ouvert depuis 1995 à Eymoutiers. Plus de 40 toiles représentatives de la production de l'artiste y sont exposées, de 1959 à aujourd'hui.

«Avec Paul Rebeyrolle disparaît l'un des créateurs les plus marquants de notre temps, un peintre et un sculpteur dont le regard a profondément bouleversé l'art figuratif contemporain de ces 50 dernières années», souligne le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, dans un communiqué.

«Engagé et sensible, il conçut son oeuvre comme un cri de vérité, de justice et de liberté adressé au monde. Il a laissé une oeuvre d'une exceptionnelle richesse tant par les matériaux qu'il utilisa que par les thèmes abordés», ajoute le ministre.

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La presse canadienne

Décès du peintre français Paul Rebeyrolle, à l'âge de 78 ans

PARIS (AP) - Le peintre français Paul Rebeyrolle, considéré comme l'un des grands artistes contemporains, est décédé à son domicile de Boudreville, en Côte d'Or, a-t-on appris lundi auprès de la mairie d'Eymoutiers (Haute-Vienne), d'où il était originaire. Il était âgé de 78 ans.

Un espace portant son nom est ouvert depuis 1995 à Eymoutiers. Plus de 40 toiles représentatives de la production de l'artiste de 1959 à aujourd'hui y sont exposées.

"Avec Paul Rebeyrolle disparaît l'un des créateurs les plus marquants de notre temps, un peintre et un sculpteur dont le regard a profondément bouleversé l'art figuratif contemporain de ces 50 dernières années", souligne le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, dans un communiqué.

"Engagé et sensible, il conçut son oeuvre comme un cri de vérité, de justice et de liberté adressé au monde. Il a laissé une oeuvre d'une exceptionnelle richesse tant par les matériaux qu'il utilisa que par les thèmes abordés", ajoute le ministre.

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PAUL REBEYROLLE, Artiste peintre français

Né à Eymoutiers le 03 novembre 1926

Décédé à Boudreville le 07 février 2005

LA BIOGRAPHIE DE PAUL REBEYROLLE

«Si on a l'amour de la nature et des gens, cela peut aller jusqu'à la violence»

Atteint dès son plus jeune âge par une maladie qui nécessite une immobilisation totale, Paul Rebeyrolle passe son temps à dessiner, et ses parents, instituteurs, lui apprennent à lire et à écrire. Il profite aussi beaucoup de la nature qui l'entoure et inflencera son travail artistique. Après des études secondaires au lycée Gay-Lussac et son bac philosophie en juillet 1944, il monte à Paris par "le premier train de la Libération". Il sait depuis longtemps qu'il veut "devenir peintre". Installé dès 1946 à Paris, il s'adonne à la découverte de la peinture grâce aux expositions et participe à des expositions de groupes et à certains salons, ce qui conforte son appétit de liberté ; ce goût d'indépendance le porte aussi à refuser l'enseignement des écoles d'art : il fait le choix de travailler à l'atelier de Paris et à Eymoutiers. Un an plus tard, Paul Rebeyrolle fait ses premières expositions particulières. En 1969, il quitte Paris et s'installe à la campagne pour y vivre et y travailler, d'abord dans l'Aube puis en Côte d'Or. Dès lors, les thèmes politiques, qui reflètent ses engagements, s'inscrivent dans des séries : 'Guérilleros', 'Coexistences', 'Les Prisonniers', 'Clônes'... Toutes ont un point commun : la situation de l'homme et son engagement dans le monde qui l'entoure.

'Planchemouton'

En 1959, il réalise à Eymoutiers 'Planchemouton', un grand tableau commandé par le comité de la première Biennale de Paris pour orner l'escalier du palais des Beaux Arts. 'Planchemouton' est le nom de la grange où il peint ce tableau et celui du ruisseau qui borde l'actuel Espace Paul Rebeyrolle.

Politiquement incorrect

Marquant son opposition à la propagande d'intensification de la "guerre froide", il adhère au parti communiste. Il le quittera en 1956, en réaction aux événements de Hongrie et à la duplicité du P.C. face à la guerre d'Algérie. Il symbolise cette rupture dans un grand tableau qu'il intitule A bientôt j'espère. Cette période est également caractérisée par les choix artistiques qu'affiche Paul Rebeyrolle, notamment son rejet de la peinture abstraite et du réalisme socialiste.

Un homme, un lieu

Un espace 'Paul Rebeyrolle', conçu par l’architecte Olivier Chaslin, est ouvert depuis 1995. Dans ce lieu unique sont exposées plus de quarante toiles représentatives de la production de l’artiste, depuis 1959 jusqu’à aujourd'hui.

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PARIS (AFP), le 07-02-2005Le peintre Paul Rebeyrolle est mort

Le peintre Paul Rebeyrolle, l'un des plus grands artistes contemporains, affaibli depuis plus d'un an, est décédé lundi matin à Boudreville (Côte d'Or) à l'âge de 78 ans, a annoncé son entourage.

Il laisse derrière lui une oeuvre immense, souvent méconnue du grand public et de certaines institutions, et qui en faisait selon Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui l'avait exposé en 2000, "le plus grand naturaliste de notre temps".

Né près de Limoges, à Eymoutiers en 1926, cet artiste tendre et bourru, dont les toiles criaient sa rage contre toutes les oppressions, s'était vu consacrer un espace dans son village natal où sont exposées ses peintures et sculptures.

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COMMUNIQUES

 

Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la communication, déclare lundi soir qu'"avec Paul Rebeyrolle, disparaît l'un des créateurs les plus marquants de notre temps, un peintre et un sculpteur dont le regard a profondément bouleversé l'art figuratif contemporain de ces dernières cinquante années". "Engagé et sensible, il a conçu son oeuvre comme un cri de vérité, de justice et de liberté adressé au monde. Il a laissé une oeuvre d'une exceptionnelle richesse tant par les matériaux qu'il utilisa que par les thèmes abordés", ajoute le ministre.

 

- Pour l'ancien ministre Jack Lang, "la disparition du peintre Paul Rebeyrolle endeuille profondément l'art contemporain. Il aura été un des maîtres de la création. Ses toiles vibrantes et parfois violentes exprimaient avec force sa rébellion contre toutes les formes d'avilissement. Son style éclatant, brillant, donnait à ses toiles une puissance d'expression à la fois généreuse et brutale", ajoute M Lang dans un communiqué.

 

- Pour Jean-Louis Prat, directeur de la Fondation Maeght jusqu'en janvier, qui dit "avoir perdu un ami", "Paul Rebeyrolle était un peintre d'une force atypique, qui représente pour la peinture française ce que Francis Bacon a représenté pour la peinture anglaise. Il a eu le culot de peindre la nature de façon démesurée, sur de très grands formats, que seuls les Américains peuvent apprécier aujourd'hui, alors que la peinture française est plutôt confinée. Mais son oeuvre est d'une telle force, d'une telle cohérence, qu'on ne pourra pas se passer de cette vérité-là. Paul Rebeyrolle est un peintre pour l'avenir", a-t-il déclaré à l'AFP.

 

Le Maire de Paris (Communiqué du 8/2/2005 suite au décès de Paul Rebeyrolle) 

C’est avec une profonde tristesse que je viens d’apprendre la disparition de Paul Rebeyrolle. Il me tenait à cœur de saluer la mémoire de ce grand plasticien, auteur d’une œuvre parmi les plus sensibles et les plus chaleureuses de l’art contemporain, sorte de manifeste de l’artiste en quête d’essentiel.  

Au nom des Parisiennes et des Parisiens et en mon nom personnel, j’adresse mes condoléances émues à sa famille et à ses proches.

 

Le Président de la Région Limousin

Hommage à Paul Rebeyrolle

J’apprends, à l’instant, la mort du peintre Paul REBEYROLLE notre compatriote resté fidèle à Eymoutiers. Elle m’affecte en tant qu’homme et dans mes responsabilités de Président de Région.

J’ai eu le bonheur - authentique privilège à la vérité - de rencontrer ce peintre combattant l’été dernier, chez lui, à Eymoutiers, en compagnie de mon ami Daniel Perducat. Nous avons parlé de l’injustice, celle qui empoisonne notre quotidien et mobilise notre « révolte permanente » contre l’ordre du monde. Je n’oublie pas aujourd’hui tout ce que Paul Rebeyrolle a voulu offrir à la terre qui l’a vu naître et où il n’a cessé de puiser son inspiration. Je voudrais dire en retour la part qu’a prise la Région à soutenir son projet d’Espace à Eymoutiers - voulu par lui, plus comme « un lieu de confrontation » qu’un musée qui lui aurait été consacré. Je n’oublie pas ces mots confiés par le peintre en 1995 à la veille de l’ouverture de ce lieu de rencontre prestigieux : « Je dirai qu’il me reste ce qui subsiste aujourd’hui, c’est à dire le sentiment que ce pays est un pays d’hommes qui apprécient beaucoup, justement la Liberté. Les Limousins en général sont des gens qui ont beaucoup lutté pour garder cette liberté. Je les trouve même à la limite assez libertaires... ».

Nous savons tous, aujourd’hui en Limousin, ce que nous devons à Paul Rebeyrolle, bien au-delà d’une œuvre qui depuis longtemps s’est installée dans l’histoire de l’art contemporain. Avec sa mort aujourd’hui c’est une part de notre identité dont la voix s’éteint. Il nous reviendra de poursuivre chacun à notre place ce combat de résistance auquel il nous encourageait, pour lui rester fidèle.

Jean-Paul Denanot  - Président du Conseil Régional du Limousin